Homélie du Père B. du 26/10/2025

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30ème Sem/ Temps Ord/C
Si 35,12-18 ;Ps 34(33); 2 Tm 4,6-18 ; Lc 18,9-14

Quand on considère l'assurance de Paul devant la mort et que l'on entend l'évangile de ce jour qui nous parle de la prière du pharisien et du publicain au Temple, l'on peut se demander s'il n'y a pas de la prétention à se tenir devant Dieu avec assurance. Après tout, Dieu n'est-il pas comparé à un juge ? Le jugement de Dieu dont il est question dans la bible ne devrait-il pas nous jeter dans l'effroi au moment de la mort ? Pourtant c'est une attitude tout à fait contraire que l'on retrouve chez l'apôtre Paul.
Peut-être est-ce notre compréhension des mots juge et justice qui nous amène à déformer le visage de Dieu, à méconnaître le véritable sens de sa miséricorde. Dans l'Ancien Testament, lorsque l'on dit de Dieu qu'il est juge, l'on signifie par là qu'il est un modèle d'intégrité de qui découle toute justice. Les Juges en Israël, et ensuite les Rois, auront pour principale fonction de faire triompher la justice de Dieu, lui qui prend le parti de la veuve et de l'orphelin, du pauvre et du réfugié. Ben Sirac le Sage le dit clairement : Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute l'opprimé, ne méprise pas l'orphelin, ni la veuve. Il accueille celui qui sert Dieu de tout son cœur, il se prononce en faveur des justes.
Le Psaume 33, comme en écho à ce texte, vient nous rappeler que le Seigneur regarde les justes. Il écoute, il est attentif, il entend, il délivre. Il est proche, il sauve, il rachète.

Ainsi cette parabole nous dit ce que Dieu n’est pas : le Dieu des pharisiens et ce qu’il est : le Dieu des publicains.
Regardons d’abord quelle image le pharisien nous brosse-t-il de Dieu ? Il est un Dieu super législateur, qui édicte ses lois auxquelles il faut obéir.
Qu’est-ce qu’il attend de ce Dieu ? Rien, sinon une récompense pour ses mérites. Toute son assurance, le pharisien la trouve dans la pratique et son bon droit. A la limite il n’a pas besoin d’un Dieu qui soit bon, il lui suffit d’être juste et équitable pour punir et récompenser à bon escient.
Toute sa prière va d’ailleurs dans ce sens. S’il prie c’est pour se mettre au centre lui-même. Sa prière commence par « je », un « je » qui revient 4 fois sur trois lignes : « je te rends grâce » « je ne suis pas comme le reste des hommes » « je jeûne 2 fois par semaine » « je verse le dixième de mes biens ».
En fait il occulte Dieu par son énorme « JE ».
Sa prière est d’autre part un simple monologue qui n’attend pas de réponse. Dieu n’y a d’autre rôle que de l’applaudir. Le pharisien se suffit à lui-même, il n’a pas besoin de se convertir, il n’attend rien de Dieu qui ne pourrait donc rien lui donner ; il attend encore moins des hommes.

Si nous regardons maintenant le Dieu du publicain, c’est un Dieu de tendresse et de miséricorde. Un Dieu avec qui on peut rentrer en relation, il est toujours prêt à pardonner parce qu’il nous aime tels que nous sommes.
En face de ce Dieu, le publicain a pu introduire son « je » mais à la bonne place, c'est-à-dire à la dernière : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis. »

Maintenant nous pouvons aussi choisir en quelque sorte quel sera notre Dieu. L’Eglise a souvent été tentée de choisir le Dieu du pharisien c’est-à-dire un Dieu qui aime l’ordre, le respect des règles et de la morale.
Mais si Dieu aime l’ordre et la bonne morale avant tout il aime l’humain qu’il fera passer avant les règles, les règles que les hommes se sont souvent données eux-mêmes.

Le Dieu de Jésus Christ, le Dieu de la Bible nous demande comme nous l’avons vu aussi dans la première lecture : de désobéir aux lois qui « défavorisent le pauvre et l’opprimé ou quand elles méprisent la supplication de l’orphelin et la plainte de la veuve ».

On ne saurait faire ici la recension de toutes ces lois, surtout dans le domaine économique, qui ont pour résultat de faire en sorte que les chats et les chiens de chez nous ont une sécurité d’existence plus grande que les pauvres d’ici et d’ailleurs.
Si nous nous disons disciples du Dieu que Jésus nous révèle, nous avons une mission exaltante devant nous, celle d’annoncer un Dieu libérateur des pauvres et de faire de notre Eglise un lieu de vérité et de liberté, un lieu de justice et de paix afin que tout être humain puisse y trouver un havre de réconfort et… des raisons de continuer à espérer en un monde meilleur.

Bon dimanche à tous

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