Homélie du Père B. du 10/05/2026

Photo principale de Homélie du Père B. du 10/05/2026

6ème Sem/ Pâques
Ac 6,1-7 ; Ps 32 ; 1P 2,4-9 ; Jn 14,1-12

Au moment d’un départ bien souvent les relations sont mises à vif. Vous l’avez sans doute déjà remarqué dans les aéroports, sur le quai des gares ou plus encore au chevet des mourants.
Les sentiments de présence et d’absence se bousculent et s’embrouillent. Les visages sont attristés, les sourires un peu forcés, les yeux brillants et sur les joues des larmes.
On voudrait ne pas devoir se séparer. On a difficile d’accepter ou refuser de voir l’être aimé s’éloigner ou disparaître à nos sens.
Pour Jésus et ses amis, l’heure de la séparation se rapproche. La situation a pris des allures alarmantes. Le mouvement de haine contre lui s’est accentué et nous savons comment cela a tourné.
Jésus, conscient de ce qui l’attend, adresse à ses disciples des paroles pleines de sollicitude « Je ne vous laisserez pas orphelins ». dit-il. Il prépare donc ses disciples à affronter ce douloureux bouleversement. Il sait que bientôt ceux-ci ne verront plus son visage et n’entendront plus ses paroles. Eux qui étaient si fiers d’avoir été choisis par le maître non seulement vont être humiliés, mais alors qu’ils se sentaient si forts et assurés, ils seront envahis par la peur et l’incertitude.
Tout cela Jésus le pressent, c’est pourquoi il veut aider les siens à passer de la proximité d’un Jésus visible à celle d’un invisible Jésus ; les aider à passer d’une présence charnelle à une présence toute autre, difficile à qualifier tellement elle peut être forte, tellement elle relève de l’Esprit et non plus du corps et des sens. La présence physique de Jésus n’étant que passagère, la présence par l’Esprit sera toujours avec eux.
En ce moment de départ, Jésus lance donc une invitation à passer d’une présence du dehors à une présence du dedans.
Désormais l’essentiel ne sera pas d’avoir des apparitions du ressuscité, mais d’avoir un cœur de croyant pour percevoir Jésus dans le quotidien de la vie.
Mais comme le souligne lui-même Jésus, si sa présence sera évidente pour ceux qui vivent dans l’Esprit, étrangement « le monde », comme il dit, sera incapable de le percevoir !
Pourquoi cette discrimination ? Pourquoi y-a-t-il ceux qui peuvent percevoir la présence de Dieu et ceux qui ne le peuvent pas ?
N’en va-t-il pas de même dans nos relations humaines ? Il y a des personnes à qui vous pouvez manifester votre amitié, votre sympathie et même votre amour mais qui n’entendent rien, ne voient rien et sont incapables d’une quelconque réciprocité. Elles semblent impénétrables et ne manifestent aucune sensibilité. Ainsi en-va-t-il avec Dieu, certains restent imperméables à l’action de l’Esprit, toute relation avec Dieu les laisse indifférents. Ils ne pourront donc ni le voir ni percevoir les signes de sa présence et de son amour.
Nous avons chacun une sensibilité différente, elle est plus aiguisée chez les uns que chez les autres. Il est vrai que certains considèrent la sensibilité comme un manque de virilité ou une faiblesse féminine, alors qu’elle est la qualité indispensable à l’amour.
Cette sensibilité à l’action de l’Esprit a sur nous un multiple effet :
C’est elle qui nous permettra de ressentir et goûter à la présence de cet hôte intérieur, discret et invisible. L’Esprit de Dieu accueille celui qui désire faire chez lui sa demeure et il vient habiter au plus profond de son être.
Cette sensibilité à l’action de l’Esprit, loin de provoquer une évasion hors de nos tâches terrestres, ravivera en nous l’enthousiasme et le dynamisme pour nous engager à vivre selon le commandement d’amour.
Dans la première lecture, nous voyons à quel point l’Église primitive dépendait du Saint-Esprit. Les Samaritains avaient accepté la Parole de Dieu, mais ils avaient encore besoin de la plénitude de l’Esprit. Lorsque les apôtres leur imposèrent les mains, ils reçurent le Saint-Esprit. Cela nous montre que la vie chrétienne ne se résume pas à croire.
Il s’agit d’être remplis de l’Esprit qui nous aide à vivre ce en quoi nous croyons.
Même si autour de nous le monde semble se désarticuler, nous pouvons être assurés que c’est d’abord au cœur de la tourmente que l’Esprit de Jésus surgit pour nous relever et nous faire croire à la vie. Soyons prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous !

Aucune photo associée à cet édito.