4ème dimanche de Carême
Temps de carême/A
Jn 9, 1-41
Jésus se présente comme rédempteur, celui qui sauve en nous plongeant dans l’eau
du baptême représenté par la piscine de Siloé. Ainsi déclare saint Irénée : « Ainsi donc, puisque nous sommes modelés dans le sein maternel par le Verbe, ce même verbe remodela les yeux de l’aveugle-né : il fit ainsi apparaître au grand
jour celui qui nous modèle dans le secret. » (Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre V). Jésus, tu es mon Créateur et mon Sauveur !
Etre aveugle de naissance et en quelques secondes recevoir la vision, voir des formes, des couleurs, passer de l’obscurité à la lumière… l’expérience doit être pour le moins bouleversante, impressionnante. Il est tout à fait normal que l’aveugle-né étourdi en oublie de s’interroger sur la personne par qui ce phénomène est arrivé.
Mais son émotion sera de courte durée, son ravissement sera coupé court par le questionnement des pharisiens. D’un seul coup il est ramené les deux pieds sur terre : « Qui t’a guéri ? » Encore tout à son bouleversement, il ne sait que répondre sinon : « J’étais aveugle et maintenant je vois ». On comprend que pour lui tout le reste est secondaire.
Les pharisiens ne désarment pas et le harcèlent de questions. Au fur et à mesure que celles-ci se font agressives, nous voyons l’aveugle progresser dans la découverte de cet homme qui lui a donné la vue. Il dira d’abord : « C’est l’homme que l’on appelle Jésus » ensuite « C’est un prophète ». Puis il affirmera « Il vient de Dieu » et enfin « C’est le fils de l’homme ».
Si saint Jean raconte cette histoire aux premiers chrétiens c’est justement parce qu’à cette époque, ils vivent une situation un peu semblable à celle de l’aveugle. Il existait en effet à ce moment-là une très forte opposition aux premiers chrétiens.
Jean veut donc montrer à ces 1ers chrétiens que tous les ressentiments, l’hostilité dont ils sont l’objet, peuvent être vus aussi comme une chance parce qu’ils forcent à la réflexion et permettent de grandir dans la foi.
Si l’aveugle de l’Evangile a pu progresser dans sa foi, c’est grâce à l’opposition, au questionnement qui l’ont obligé à la préciser et la clarifier. Sans l’opposition des pharisiens, jamais cet homme n’aurait pu exprimer sa foi avec autant de vigueur. Tout au long de l’histoire du christianisme il en a été de même. C’est essentiellement dans les périodes où ils ont connu un maximum d’opposition que les chrétiens ont pu au mieux raviver leur foi.
Aujourd’hui plus que jamais les chrétiens sont confrontés à de multiples oppositions voire de persécutions dans certains pays. Chez nous il y a aussi l’opposition du monde laïc, des athées, dont certains manifestent de l’intolérance tandis que d’autres sont plus respectueux. Cet athéisme est une chance pour la foi car il nous oblige à repenser nos raisons de croire et surtout à les rendre crédibles par notre manière de vivre.
Mais aujourd’hui il y a surtout comme ce fut le cas pour Jésus, une opposition qui vient de l’intérieur de la religion, des responsables religieux, des pharisiens.
Nos pharisiens aujourd’hui portent le nom de fondamentalistes, d’intégristes, de conservateurs… des personnages plus soucieux de l’observance méticuleuse de la loi que préoccupés par la vie ou la survie de leur prochain. Aucune religion ne semble y échapper.
Et en même temps – sans doute à cause de cela - nous constatons un intérêt nouveau : les chrétiens sont de plus en plus soucieux de redécouvrir la Bible, de relire l’Evangile.
Être observé, critiqué, questionné, interpellé… Tout cela n’est-il pas une occasion, comme pour l’aveugle de l’Evangile, de renforcer, d’approfondir et de renouveler notre foi et notre adhésion à ce Dieu qui a eu l’initiative de nous ouvrir les yeux à la vraie lumière, à la beauté et la profondeur de notre mystère ? N’est-ce pas aussi l’occasion de guérir à notre tour l’homme blessé car l’humain est ce qui est le plus cher aux yeux de Dieu, un Dieu qui se révèle essentiellement comme un Dieu proche, un Dieu Père ?
sois béni
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