1er dimanche de carême
Gn 2,7 – 3,7 Ps 51(50) Rm 5,12-19 ; Mt 4, 1-11
Le récit mythique d’Adam et Eve (dans la 1ère lecture) nous présente une histoire qui s’adresse à l’humanité de tous les temps. Autrement dit elle nous concerne encore aujourd’hui.
Adam et Eve avaient tout reçu, ils pouvaient cueillir de tous les arbres à l’exception d’un seul dont les fruits semblaient pourtant aussi savoureux que les autres. Sous la pression du serpent ils en mangèrent et à l’instant ils reconnurent qu’ils étaient nus. Ceci met en évidence la tentation la plus puissante dans la vie de tous les humains : vouloir s’approprier tout pour soi tout seul, peu importe s’il n’y a plus de place pour les autres. N’en n’avons- nous pas de terribles exemples chez tous les dictateurs ?
C’est pour empêcher Adam et Eve de tout dévorer que Dieu leur donne un ordre, une loi qui a pour but de mettre une limite à ce désir d’être tout et d’avoir tout et qui conduit à la mort.
Ainsi Adam et Eve ont tout ce qu’ils veulent, mais ce n’est pas assez, ils vont consommer même la part réservée aux autres et c’est à ce moment qu’ils découvrent leurs limites et la première limite c’est leur nudité. Ils se découvrent l’un homme et l’autre femme, c’est-à-dire différents. Ils voient qu’ils ne sont pas tout, l’un « a » et « est » ce que l’autre ne pourra jamais « avoir » ni « être ».
La seconde limite qu’ils découvrent c’est qu’ils sont sur un chemin de mort.
Dans son Evangile, Matthieu va nous montrer que là où Adam et Eve ont échoué Jésus va réussir. En un récit concentré il résume en quelques lignes toute la vie de Jésus, il montre que lui, le nouvel Adam, résiste à la tentation de tout avoir, de tout posséder, tout dominer et sa victoire lui permettra de vaincre la mort. Contrairement à Adam et Eve, ses choix vont ouvrir un chemin de vie pour lui et pour les autres.
Ce n’est pas par hasard que ces lectures nous sont proposées en ce 1er dimanche de carême. Le carême est un temps de désert, une occasion de faire l’expérience du désert. Rares sont ceux qui ont pu faire l’expérience du désert, peut-être y avons-nous déjà été avec une agence de voyage et un certain confort assuré. Mais faire vraiment l’expérience du désert est une expérience toute autre car il est le lieu où il faut se battre pour survivre. Là, qui que l’on soit, on est obligé de prendre la mesure de ses limites. Il n’y est pas question de satisfaire ses caprices ou ses envies mais il s’agit de regrouper toutes ses forces pour assurer sa survie. On oublie l’accessoire pour s’atteler aux vraies valeurs.
Faire carême, dit-on, c’est se convertir. Se convertir, comme on vous l’a déjà dit, c’est « se retourner », voir ce qui semble communément insignifiant pour le mettre devant soi. C’est remettre les choses à leur place, leur rendre leur vraie valeur, reconsidérer les choix de notre vie.
Tous ceux qui ont connu l’épreuve d’un deuil profond, d’une maladie grave, la perte d’un emploi… savent, comme dans le désert, refaire leurs choix de vie et se tourner vers ce qui est vital.
Sans attendre de faire ces expériences douloureuses, puissions-nous durant ces 40 jours réapprendre à discerner l’essentiel, à ne pas vouloir tout, à ouvrir des chemins de vie. C’est d’ailleurs ainsi que nous ferons déjà dans notre quotidien l’expérience de la résurrection.
Pour le croyant, chaque jour est Pâques parce qu’il prend conscience que tout ne lui est pas dû mais que tout lui est donné. Bon dimanche
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